De quelles manières les maisons de l'emploi s'adaptent à la nouvelle donne

ACTUALITÉ  |
10 juin 2015

   Face à une baisse importante des crédits de l'Etat, les maisons de l'emploi sont dans l'obligation de s'adapter à leur nouveau cahier des charges. Les exemples de fusions avec d'autres structures de l'emploi (missions locales, Plie...) se multiplient. A Marseille, la maison de l'emploi s'est lancée dans une démarche de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriale (GPECT) dans le domaine de la logistique urbaine et de la réparation navale. Cependant, elles ne parviennent pas toutes à passer le cap. Les fermetures se multiplient.

 

 

   Au cours des derniers mois, de nombreuses maisons de l'emploi, parmi les 182 existantes, ont été dans l'obligation de fermer leurs portes (Dieppe, Alençon, Argentan….) En cause : la baisse importante des crédits de l'Etat : en effet, ces derniers sont passés de 82,2 millions d'euros en 2010 à 26 millions d'euros en 2014, abstraction faite des 10 millions d'euros qu'elle perçoivent pour des actions liées à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). A titre d'exemple, la seule maison d'Argentan a de ce fait vu sa subvention de l'Etat divisée par deux (de 130.000 à 50.000 euros). Elle a été  donc été obligée de fermer en 2014, car les collectivités n'ont pu compenser le désengagement de l'Etat…

 

   Que les différentes maisont se regroupent entre elles, fusionnent avec d'autres structures, semblaient être l'une des solutions qui s'offraient pour pallier cette diminution de crédits : les missions locales et les plans locaux pour l'insertion et l'emploi (Plie) notamment. Ainsi, à Tourcoing-Lys, la maison de l'emploi se prépare à fusionner avec la mission locale et le Plie, au sein d'une entité juridique unique, avec un seul directeur à sa tête. A la communauté de commune du Coeur de l'Avesnois, dans le Nord-Pas-de-Calais, un même rapprochement a été décidé. Réussir en Sambre, maison de l'emploi Sud-Avesnois, mission locale rurale et Plie de l'Avesnois et de Fourmies-Trélon : toutes ces structures seront bientôt regroupées. A Dunkerque, même démarche, avec la fusion-absorption de la maison de l'emploi au sein de l'association "Entreprendre ensemble", qui compte le Plie, la mission locale et le fonds local emploi solidarité...

 

 

A Montbéliard, un institut de l'entreprise et de l'innovation sociale (Iedis) 

 

 

 De la fusion juridique de la maison de l'emploi avec la mission locale, une nouvelle structure, l'institut de l'entreprise et de l'innovation sociale (Iedis), est née à Montbéliard. L'institut a été créé à l'initiative de la communauté d'agglomération Pays de Montbéliard Agglomération.  Marie-Pierre Granjon, directrice adjointe de l'Iedis, explique à Localtis que "L'idée est de promouvoir une approche partenariale, développer la culture formation et l'innovation sociale sur un territoire en forte mutation". Plusieurs services sont proposés par l'institut : un accompagnement des publics (information/orientation, accompagnement des jeunes, projets d'insertion), un appui aux recrutements et à la GPEC pour les entreprises et la mise en place de partenariats, notamment d'un conseil scientifique regroupant élus, universitaires, entreprises, techniciens sur l'évolution territoriale et les besoins en compétences. Pour le financement, l'institut dispose d'un budget de 2,6 millions d'euros : la directrice adjointe détaille que "la pérennité des services proposés est garantie par une diversification des sources de financement en complément du financement par Pays de Montbéliard Agglomération et des cahiers des charges maison de l'emploi et mission locale". Un projet de rapprochement entre la maison de l'emploi de Montbéliard et celle de Belfort est également en cours d'étude.  Mutualiser des moyens en diminution pour poursuivre, à travers des partenariats, les activités d'emploi et d'insertion est l'idée de ces fusions.

   Parfois, la baisse des crédits de l'Etat conduit aussi les communautés d'agglomération à faire cavalier seul. Certaines décident ainsi d'ouvrir des services emploi, dont les missions et objectifs sont proches des maisons de l'emploi. A Angers, l'agence de développement économique reprends les équipes et actions de la maison de l'emploi. Trois maisons de l'emploi couvraient l'ensemble du département en Sarthe :  l'une située au Mans, l'autre à La Ferté-Bernard et une dernière à Sablé-sur-Sarthe. Ces deux dernières ont fermé et leur activité a été reprise par l'agence de développement économique. La troisième, celle du Mans, poursuit son activité.

 

 

Une évolution initiée par les collectivités

 

 

   Il n'y a pas une généralisation de ces pratiques mais bien une évolution, initiée par les collectivités locales pour Marie-Pierre Establie d'Argencé, déléguée générale d'Alliance Villes Emploi (AVE). "Cela vient du fait que les élus en ont marre des atermoiements de l'Etat quant aux budgets et qu'ils ne veulent plus subir son intervention contraignante (limites d'intervention des maisons de l'emploi…)." D'après Marie-Pierre Establie d'Argencé, qui ne cautionne toutefois pas ces nouveaux développements car ils se privent de la gouvernance partagée entre l'Etat, la région et l'intercommunalité, c'est selon elle pour les élus une manière de "reprendre leur liberté sur ces aspects d'emploi et de retransformer les maisons de l'emploi en outils purement territoriaux, véritablement imbriqués avec le développement économique".

   A fin de compliquer le tout, d'autres projets ressemblent à des maisons de l'emploi mais n'en sont pas. A titre d'exemple : Thionville Emploi, un service ouvert depuis janvier 2015, qui a été développé par la municipalité. Pour la ville, il s'agit de créer une plateforme d'innovation sociale, en partenariat avec Pôle emploi, les agences d'intérim et les associations spécialisées dans l'insertion et la formation professionnelle, comme Cap Emploi, et de créer un pont avec les habitants.

   Un accompagnement individualisé à toute personne qui se présente  est offert par le service : rédaction d'un CV, montage de projet professionnel, présentation des dispositifs de formation… Des services aux entreprises sont également offret par Thioville Emploi (présélection de candidats, voire mise à disposition de locaux). "C'est un service municipal comme il y en a eu de nombreux dès 1986, explique Marie-Pierre Establie d'Argencé. A la création des maisons de l'emploi, certains de ces services municipaux ou structures municipales ont évolué vers une maison de l'emploi et d'autres pas."

 

 

A fin de mieux répondre au nouveau cahier des charges : L'organisation

 

 

   Les maisons de l'emploi doivent s'organiser au mieux pour se recentrer sur les axes de travail imposés par leur nouveau cahier des charges qui date de 2013, en dehors des problèmes de restructurations : en effet, l'anticipation des mutations économiques et au développement local de l'emploi. La maison de l'emploi de Marseille coordonne ainsi une démarche de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriale (GPECT) dans le domaine de la logistique urbaine et de la réparation navale en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les besoins sont importants à Marseille en matière de logistique urbaine : 1.300 personnes devraient être recrutées par le secteur en 2015. Il emploie déjà 16.000 salariés. Un diagnostic du secteur a été réalisé par la maison de l'emploi : elle a également proposé avec ses partenaires un plan d'actions comportant notamment un volet sur l'évolution et le développement des compétences, un diagnostic sur les conditions de travail, une enquête sur les recrutements de cinquante entreprises de la filière et une réflexion sur l'attractivité des formations et des métiers du secteur.

   Le travail de la maison de l'emploi consiste à élaborer des actions de promotion des métiers, à construire une cartographie des compétences attendues et des compétences transférables, et à mettre en place un dispositif de mutualisation des besoins en formation des entreprises pour construire des actions de formation collectives concernant le secteur de la réparation navale,. La filière, avec ses sous-traitants, emploie jusqu'à 400 personnes en période de pics d'activité, en grande partie en intérim. De plus, le chantier naval de Marseille a quant à lui prévu à court terme 30 à 40 recrutements. Une manière pour la maison de l'emploi de jouer pleinement son rôle d'animateur de la concertation avec les acteurs de l'emploi et les entreprises en matière de GPECT.

 

 

Le devenir du service public de l'emploi en question

 

 

   AVE réclame une réflexion de fond sur le devenir du service public de l'emploi face à ces évolutions, et à la baisse continue des moyens des maisons de l'emploi. Marie-Pierre Establie d'Argencé estime que "Nous ne pouvons pas continuer à nous battre pour maintenir des structures qui ont fondamentalement une raison d'être". A l'heure actuelle, le projet de loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République (Notr), qui va repasser devant l'Assemblée à partir du 29 juin, programme que l'Etat pourra déléguer aux régions qui le souhaitent la mission de coordonner l'action des différents intervenants du service public de l'emploi (missions locales, Plie, Cap Emploi, maisons de l'emploi notamment), hors Pôle emploi. Le président des régions, Alain Rousset a précisé le 9 juin en citant l'exemple de la Bretagne où 150 structures cohabitent qu'"il n'y a pas de pilote, chacun veut garder son joujou". Il a soutenu qu'"on veut remettre le chômeur et l'entreprise au coeur du dispositif". Mais plutôt que de donner la compétence aux régions ou à l'Etat, pour AVE, il serait plus judicieux de miser sur une gouvernance tripartite, entre l'Etat, les régions et les intercommunalités.

 

Source
Localtis - Emilie Zapalski
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