Égalité professionnelle: ces labels censés gommer les écarts
Deux "sésames" décernés aux entreprises veillent à garantir l'égalité salariale. Celui de l'Afnor est reconnu par l'Etat ; celui du Gees a été lancé par le privé. Examen de deux dispositifs complexes à mettre en oeuvre et loin d'être une panacée.
Le salaire est la clé de voûte de l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Pour limiter les abus et encourager les bonnes volontés, deux labels de "bonne conduite" en matière d'égalité professionnelle ont vu le jour. Le premier est un "sésame" décerné par l'Afnor, depuis 2004, sur la base d'un cahier des charges élaboré par l'Etat, en lien avec les partenaires sociaux. Le second est un label privé. Mais que valent-ils réellement ?
Environ 60 entreprises françaises détiennent le label de l'Afnor. C'est peu. La faute à une certaine lourdeur de la procédure ? "La loi exige que l'entreprise nous remette un rapport de situation comparée, avec des analyses chiffrées et des statistiques globales sur la situation des hommes et des femmes au sein de l'entreprise", explique Thierry Geoffroy, chargé de mission à la direction générale de l'Afnor. "Le problème, c'est que la plupart des demandeurs n'en ont jamais entendu parler. Et que l'élaboration de ce document demande de gros efforts aux entreprises. Certaines abandonnent aussitôt", regrette-t-il. Surtout qu'établir ce rapport ne suffit pas : "Nous regardons ensuite l'égalité en termes de rémunération, la qualité des formations, les dispositifs en place pour faciliter la vie familiale et, plus largement, la pratique de l'entreprise concernant l'égalité professionnelle entre les deux sexes", prévient Thierry Geoffroy. Puis la candidature fait l'objet d'une décision de la part de la commission de labélisation, qui comprend cinq représentants de l'Etat, cinq des syndicats et cinq des organisations patronales.
Certains arrivent pourtant au bout de ce parcours du combattant. Le fabricant de mobiliers de bureau Arféo a ainsi obtenu le label Afnor en novembre 2010. Il lui aura fallu débourser au passage 7 500 euros. "C'est une démarche volontaire et collective", explique Marie-Hélène Joron, chargée de la politique sociale à Arféo. L'entreprise a dû signer des accords avec les représentants du personnel sur la mixité professionnelle et l'égalité salariale. "Aujourd'hui, nous avons deux femmes dans le comité de direction. Bien évidemment, nous sommes très attentifs à l'égalité des rémunérations", souligne-t-elle. En 2010, Arféo a rehaussé le salaire de quatre femmes dont la différence de paie avec les hommes était inexpliquée. Une enveloppe de 5 000 euros a spécialement été mise en place pour l'occasion. Mais, pour Marie-Hélène Joron, le véritable problème se situe en amont, au niveau des promotions professionnelles. "Une femme en bénéficie moins qu'un homme, et c'est là-dessus qu'il reste beaucoup de travail à accomplir." Moins promue, donc moins augmentée.
Un "standard" européen créé par six entreprises
Autre label, autre style avec le Gender Equality European Standard (Gees). Un nom ronflant pour désigner ce qui se veut un nouveau "standard" européen. Avec tout de suite une particularité qui met la puce à l'oreille : il a été créé par six entreprises privées (Randstad, L'Oréal, PSA, BNP, General Electric, Orange) qui se sont empressées de se le décerner à elles-mêmes. En grande pompe, au Parlement européen, le 29 juin 2011. Est-ce à dire qu'il bénéficie d'un imprimatur politique européen ? "Nous ne pouvons pas parler de label européen puisque ce terme induit un accord de la part des Etats membres, qui n'a pas abouti", relativise un interlocuteur au ministère de la Cohésion sociale. L'objectif des six fondateurs est d'amorcer une culture d'égalité professionnelle commune à plusieurs pays. "La limite du label de l'Afnor, que nous détenons également, est qu'il s'applique uniquement en territoire français. C'est un vrai problème pour les groupes internationaux comme le nôtre. Le Gees a clairement une vocation internationale", précise Aline Crépin, la directrice responsabilité sociale et environnementale à Randstad, un des grands de l'intérim, qui emploie 3 900 collaborateurs, dont 75 % de femmes.
"C'est sur les promotions professionnelles qu'il reste beaucoup de travail à accomplir." Marie-Hélène Joron, chargée de la politique sociale à Arféo.
Pour élaborer leur label, ces six groupes ont travaillé avec l'association Arborus (lire ci-contre), qui oeuvre en faveur de l'égalité professionnelle. En avril 2010, ils ont créé un fonds de dotation. Et peaufiné la méthodologie : le Gees est obtenu au terme d'un audit réalisé dans l'entreprise par Bureau Veritas Certification. "Nous effectuons des audits dans tous les pays d'Europe, affirme Sandrine Le Gall, directrice du développement à Bureau Veritas. Nous discutons avec les maisons mères. L'objectif est qu'elles déclinent leurs politiques d'égalité professionnelle au sein de toutes leurs filiales. Au bout de dix-huit mois, nous faisons un audit intermédiaire." Si l'entreprise répond aux attentes, le standard est délivré pour une durée de trois ans. "Les tarifs varient en fonction de la taille de l'entreprise, de ses effectifs, de l'emplacement des sites à auditer. Mais nous avons fait en sorte que le prix ne soit pas un blocage pour une entreprise qui souhaite engager une politique d'égalité professionnelle", assure-t-elle.

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