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Entretien avec Laurence Parisot

Son témoignage sur l'égalité hommes-femmes, DSK, l'éléction présidentielles, les bonnes conduites dans l'entreprise...

Le scandale DSK a remis à la une le machisme de la société française. Vous-même, avez-vous été victime d'attitudes sexistes ?
LAURENCE PARISOT. Après l'affaire Strauss-Kahn, nous étions un petit groupe de femmes, ici même au Medef. Nous nous sommes raconté des choses que nous ne nous étions jamais dites sur nos propres expériences personnelles et professionnelles.

J'ai moi-même relaté mon tout premier entretien d'embauche, que je n'avais jamais raconté à quiconque. A ma grande surprise, il ne s'est pas déroulé dans un bureau, celui qui m'embauchait ce jour-là m'a dit : « Nous allons dîner ensemble. » J'avoue, sur le coup, ne pas avoir compris. Le dîner a été assez difficile à gérer... J'ai été recrutée, mais j'ai aussitôt organisé la résistance! C'était très instructif.

 

Et plus tard, en tant que présidente du Medef ?
La remarque misogyne est souvent la première arme de vos adversaires. Quand, en pleine campagne pour mon deuxième mandat, Alain Minc dit que « s'il y avait un dixième du talent de l'état-major de la CGT au Medef, les choses iraient déjà mieux », c'en est un exemple. Tout cela doit être dénoncé et banni des échanges publics, tout comme les pubs sexistes. Le porno chic, c'est tout sauf chic.

 

Qu'en est-il de vos rapports avec les membres du gouvernement ?
En tant que présidente du Medef, je suis amenée à travailler avec des ministres. Les relations de travail avec les ministres femmes sont presque toujours plus faciles et plus constructives qu'avec les ministres hommes. Les hommes instaurent plus volontiers des relations de domination. De façon beaucoup plus générale, il y a problème quand on confond subordination et séduction.

 

TROIS PROPOSITIONS EN FAVEUR DE L'EGALITE HOMMES-FEMMES

 

Hormis un débat national, quelles propositions faites-vous ?
On ne s'en sortira pas si les politiques de droite comme de gauche se contentent de dresser sur un coin de table une liste de 50 mesures qui ne verront jamais le jour.
Je crois indispensable de créer un grand ministère des Droits de la femme. Il devra être haut placé dans la hiérarchie gouvernementale et porté par une véritable volonté et par une personnalité politique forte. Sinon, rien n'avance.

 

Où en est votre idée d'un allongement du congé paternité ?
Plus que jamais, je suis déterminée à aboutir. Je vais écrire en juillet à tous les syndicats pour leur proposer d'ouvrir les discussions dès septembre. Il faudra bien sûr réfléchir au financement de cette mesure qui coûte cher. Il serait souhaitable que certains dispositifs actuels de soutien à la famille soient supprimés et redéployés vers l'allongement du congé paternité.

 

Pensez-vous qu'il faille interdire les publicités qui donnent une image dégradante de la femme ?
C'est une très bonne idée. Roselyne Bachelot a installé une commission qui est chargée de surveiller cela, mais c'est évident qu'il y a des publicités qui ne devraient pas sortir. Comment voulez-vous ne pas favoriser une certaine violence avec de telles images ?
J'ai aussi trouvé inadmissible la campagne de promotion pour la série télé « Maison close ». Une instance devrait fixer les limites à ne pas franchir.

 

Mais interdire les publicités où s'étalent des femmes dénudées... Vos détracteurs ne vont-ils pas vous taxer d'ultraféministe ?
L'arme numéro un en France contre la parole des femmes, c'est toujours le discrédit. C'est à cause de cela que beaucoup se taisent. Je leur dis : « N'ayez pas peur, il faut dénoncer le sexisme, qui est un racisme comme il existe un racisme contre les Noirs, les juifs ou les musulmans. »

 

LES SUITES DE L'AFFAIRE DSK

 

Pensez-vous que le choc de l'affaire DSK puisse faire évoluer les mentalités ?
Sans préjuger de l'issue du procès, il y aura un avant et un après. Cette affaire grave va contribuer à libérer la parole. Convaincus de la force des principes issus des droits de l'homme, les Français ont négligé l'égalité réelle entre les hommes et les femmes. Bien sûr, il y a eu les avancées de Mai 68, la loi Veil sur l'IVG et la loi sur la parité en politique, mais je suis persuadée que cette question sera au cœur des débats de l'élection présidentielle.

 

Le risque n'est-il pas que les affaires DSK puis Tron poussent la société française vers une sorte de puritanisme à l'américaine ?
En France, sous prétexte de ne pas tomber dans la pudibonderie à l'américaine et au nom de notre culture latine, on ferme les yeux et les oreilles sur des choses qui vont bien au-delà du libertinage acceptable... Il est symptomatique de la force de la culture misogyne dans notre pays que personne n'ait relevé ce qu'avait déclaré la jeune femme du FMI qui avait eu une liaison avec Dominique Strauss-Kahn : « J'avais le sentiment que j'étais foutue si j'acceptais et foutue si je refusais. » Cette phrase illustre sans doute le plafond de verre auquel se heurte trop souvent la promotion des femmes.

 

L'APPEL AUX CANDIDATS A L'ELECTION PRESIDENTIELLE

 

Dans le milieu politique, les femmes ont été les premières à briser le silence sur ces sujets. Pourquoi se taisaient-elles auparavant ?
La pression est forte. Elles risquent le discrédit. Et puis, à l'Assemblée nationale, les femmes ne représentent toujours qu'un peu moins de 20% des députés, malgré la loi sur la parité. On peut certes l'améliorer, mais il est surtout important aujourd'hui de débattre.
Avec l'affaire DSK, notre société française va devoir réfléchir à ce cadre des relations entre les hommes et les femmes, clair aux Etats-Unis mais encore très flou chez nous. Tous les candidats à l'élection présidentielle auront à expliciter leur position.
Aujourd'hui, face à la montée de la xénophobie et des intolérances, l'égalité hommes-femmes est la meilleure réponse. Je me demande d'ailleurs pourquoi, sur ce sujet, nos intellectuels sont aux abonnés absents.

 

Justement, les partis politiques sont les premiers à ne pas appliquer la loi votée en 2000 sur la parité. Le bonnet d'âne revient à l'UMP. Comment réagissez-vous ?
Le paradoxe, c'est de voir en effet ce parti réclamer plus de sanctions contre les entreprises et ne pas respecter lui-même la parité dès l'étape des candidatures.


La vraie solution serait que cela devienne un vrai critère au moment des élections.

Souhaitez-vous l'élection d'une femme à la présidence de la République ?
Ce serait bien, même si ce n'est bien sûr pas le seul critère. Je me souviens de la nomination d'Edith Cresson au poste de Premier ministre. Ce jour-là, j'ai ressenti une certaine fierté, et pourtant je ne partageais absolument pas ses idées.
Les dernières élections présidentielles ont été marquées par des mesures emblématiques : la majorité à 18 ans en 1974, l'abolition de la peine de mort en 1981. En 2012, le projet phare pourrait être l'instauration d'une véritable égalité hommes-femmes dans la société.

 

UN CODE DE BONNE CONDUITE DANS LES ENTREPRISES

 

Le monde de l'entreprise n'est-il pas encore plus machiste que celui de la politique ?
Il n'est pas différent du reste de la société. Mais les choses avancent, notamment dans les grandes entreprises, où nous avons fixé un quota de femmes de 40% dans les conseils d'administration. Je revendique d'ailleurs, pour une large part, la maternité de cette mesure. Les entreprises sont aussi en train de multiplier les accords internes d'égalité salariale et de bonne gestion des carrières. Le débat peut permettre d'aller plus loin, plus vite. On peut se demander par exemple s'il est judicieux qu'un homme soit seul face à une jeune femme lors d'un entretien d'embauche J'ai été très marquée aussi par le cas de ce cadre dirigeant mis à pied parce qu'il avait pressé une secrétaire dans un coin de couloir. L'entreprise a finalement été condamnée aux prud'hommes...

 

Faut-il en passer par une loi pour codifier les rapports hommes-femmes dans l'entreprise ?
Les lois existent déjà. Sans une prise de conscience et une adhésion générale, elles ne seront pas appliquées. Oui, il faut normaliser mais plutôt par des codes, des principes, des chartes de bonne conduite dans les entreprises, petites et grandes, ou grâce à des formations qui expliquent ce qu'il convient de faire et d'éviter, y compris dans les administrations. Le retard dans le secteur public est encore plus grand que dans le privé.



Source(s) : Catherine Gaste-Peclers, Marc Lomazzi, Anne-Cécile Juillet et Philippe Martinat pour LeParisien.fr

Tags : laurence-parisot | egalite-hommes-femmes | politique | election | election-presidentielle | 2012 | dsk | entreprises


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