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Pas toujours facile d'être un père au travail

Un rapport inédit a pris le parti d'interroger des cadres sur leur conception de la paternité au travail: de plus en plus d'entre eux veulent s'investir dans l'éducation de leurs enfants, mais les blocages sont encore légion. 

La vie est parfois mal faite: hasard des courbes des carrières et de la fertilité, c'est entre 30 et 40 ans que la plupart des salariés rêvent d'une vie professionnelle au sommet, comme d'une famille épanouie. On connaît les difficultés des femmes à concilier les deux. Le ressenti des hommes, lui, reste plus mystérieux. D'où l'objet d'un rapport inédit de l'ORSE, l'Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises.


Ses auteures, la psychanalyste Sylviane Giampino et Brigitte Grésy, inspectrice des affaires sociales, ont choisi d'interroger une vingtaine de cadres et dirigeants contraints de mener de front carrière et éducation des enfants. Premier constat: le travail reste la priorité. Du moins, expliquent les auteures, à l'heure d'arbitrer entre les deux, "dans leur esprit, les mises en tension psychologiques entre travail et enfants, la culpabilité, portent prioritairement pour les hommes sur le travail, pour les femmes sur les enfants".


"Dans l'après-coup, on réalise les effets"
Les hommes ne mettent d'ailleurs pas les deux dans la balance. "Je n'ai jamais posé les choses comme ça, car sinon, ça plonge dans la logique du renoncement. Le renoncement, c'est du net, en tout ou rien côté boulot! Tandis que côté famille, ça semble plus diffus, on a du temps, les autres pourront s'ajuster, y trouver de l'intérêt. On autojustifie ses choix en pensant à ce qu'on va offrir comme qualité de vie à ses enfants. (...) C'est plutôt dans l'après-coup qu'on réalise les effets éventuels sur le conjoint, sur les enfants", témoigne un cadre.


Ces hommes ne mesurent pas leur propre effort de mobilisation et de travail
Un moyen d'éviter "de ressentir qu'ils renoncent à quelque chose", interprètent les auteures: "Ces hommes sensibles et attentifs à leur environnement ne semblent pas mieux repérer l'effort d'adaptation du conjoint et des enfants, qu'ils ne mesurent leur propre effort de mobilisation et de travail."


Contrairement à beaucoup de femmes, les hommes craignent peu de manquer à leurs enfants. Ils s'intéressent surtout à leurs loisirs et suivent de près leur scolarité. Un "transfert de la 'passion professionnelle' sur la réussite scolaire, le travail scolaire comme produit dérivé du travail avec un grand T?", s'interrogent les deux auteurs.


Pourtant, certains hommes souhaitent bel et bien faire bouger les lignes. Des jeunes cadres, par exemple, qui "réclament un équilibre des temps que l'entreprise ne leur fournit pas suffisamment". Quand ils arrivent à concilier carrière et famille, c'est au prix d'une course d'obstacle, avec, en tête de parcours, la très française culture du présentéisme. "Les réunions du soir, si j'avais été une femme, je n'aurais pas pu gérer...", avoue un témoin. "Merci la techno. Avant, quand on n'était pas là, pour le boss on était dans le noir. Maintenant, emmener du boulot à la maison, ça déculpabilise", ironise un autre, oubliant peut-être que l'essor des portables permet aussi au travail d'empiéter sur la vie privée...


Pour une parité dans la parentalité
Assumer son rôle de père au travail, c'est aussi s'exposer à un jugement pas toujours fraternel. "Le regard des hommes machistes sur les hommes non-machistes, ce n'est pas si simple", regrette l'un d'eux. A les croire, les femmes ne les aident pas non plus: beaucoup de pères ont l'impression que "les avancées des femmes dans la sphère professionnelle ne sont pas assorties d'un retrait de leur puissance dans la sphère familiale", note l'étude.
Je m'occupe de notre enfant, mais toi, vas travailler et fais une bonne carrière
Concrètement, "ce que je constate, c'est qu'en cas de galère pour un enfant, ce sont les femmes qui y vont, mais c'est autant le fruit d'une volonté des femmes que des hommes", observe un cadre. "Je m'occupe de notre enfant, mais toi, vas travailler et fais une bonne carrière", semble vouloir dire la compagne d'un autre. Loin d'une idéale parité dans la parentalité...


Les nouvelles générations changeront-elles la donne? "Ce qui change, c'est que les hommes commencent à compter leur temps eux aussi. Les entreprises devraient anticiper, car en ce moment, elles recrutent les enfants des cadres qui se sont donnés corps et âme au travail et se sont fait maltraiter, éjecter", prévient un témoin. Aux managers de prendre la balle au bond.



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